Il y a bien longtemps, vivait un jeune lettré d’un courage exceptionnel. Une nuit, alors que la pluie venait de s’arrêter et que la lune brillait de mille feux, il se rendit près d’un cimetière voisin, emportant avec lui une grande jarre de vin.
Arrivé au cimetière, il regarda autour de lui et s’écria d’une voix forte : « Cette nuit est magnifique, mais je bois seul et la solitude me pèse. Amis du monde de l’au-delà, y a-t-il quelqu’un parmi vous qui souhaiterait partager ce vin avec moi ? »
Un instant plus tard, il aperçut des feux follets scintiller dans les hautes herbes. Une troupe de spectres surgit en poussant des cris et forma un cercle autour de lui. Ils s’arrêtèrent finalement à une distance d’environ trois mètres, sans oser s’approcher davantage. On dénombrait une dizaine d’ombres.
Le lettré, tenant un grand bol à la main, fit le tour du cercle en versant du vin sur le sol. Les spectres baissèrent tous la tête pour humer l’arôme du breuvage. L’un d’eux s’exclama : « Ce vin est délicieux ! » puis il en demanda encore.
Tout en continuant de verser le vin, le lettré demanda : « Pourquoi n’êtes-vous pas encore passés par le cycle de la réincarnation ? »
Un spectre répondit : « Ceux qui ont accompli de bonnes actions se sont déjà réincarnés. Quant aux grands criminels, ils ont été jetés en enfer pour y subir leur châtiment. Nous sommes treize ici : quatre d’entre nous pourront se réincarner après avoir purgé leur peine ; les neuf autres, à cause d’un karma trop lourd, sont condamnés à l’errance éternelle. »
Le lettré poursuivit : « Alors, pourquoi ne vous repentez-vous pas pour chercher la délivrance ? »
Le spectre répondit : « La repentance doit se faire de son vivant. Une fois mort, l’opportunité de se repentir n’existe plus. »
Le lettré renversa alors la jarre pour montrer qu’elle était vide. Les spectres s’éloignèrent en chancelant. L’un d’eux se retourna et lui confia : « Nous, les fantômes affamés, avons pu goûter à ce vin exquis mais nous n’avons rien pour vous récompenser. Permettez-moi de vous offrir ce seul conseil : si vous devez vous repentir de quelque chose, faites-le impérativement de votre vivant ! »
Morale : Dans une vie humaine, qui ne commet jamais d’erreurs, qu’elles soient grandes ou petites ? L’essentiel est de savoir les reconnaître et de les corriger à temps, afin que le chemin de la vie s’ouvre plus largement vers un avenir radieux.

