Alors que le Bouddha Sakyamuni se trouvait dans le royaume de Shravasti, il marchait un matin vers la ville accompagné de ses disciples. Les rues étaient noires de monde.
De loin, ils aperçurent un vieil homme qui pleurait amèrement. Tout en sanglotant, il criait d’une voix lugubre pour vendre ses marchandises. Dans son panier se trouvait un poisson fraîchement pêché, s’agitant désespérément comme s’il sentait sa mort imminente.
Le vieil homme, rempli de rancœur, se lamentait : « Pourquoi mon fils est-il mort si jeune, forçant mon vieux corps à venir ici vendre du poisson au marché ? Ô Ciel ! Tu es vraiment trop injuste ! »
En passant devant lui, le Bouddha ne dit mot, mais laissa échapper un léger soupir.
Un peu plus loin, ils virent le cadavre d’un porc en décomposition, dégageant une odeur fétide insupportable. À nouveau, le Bouddha passa sans rien dire, mais poussa un second soupir.
Le vénérable Ananda, qui suivait le Bouddha, fut intrigué par ces soupirs et comprit qu’ils cachaient une raison profonde. Une fois que le Bouddha et ses disciples furent assis en méditation, Ananda se prosterna devant lui et demanda :
« Vénérable, j’ai une interrogation : pourquoi avez-vous soupiré après avoir vu ce vieux pêcheur et ce porc putréfié ? »
Le Bouddha répondit : « Ananda, il y a effectivement une raison. Écoutez mes explications. »
« Ce vieil homme semble plongé dans une immense souffrance, mais il ignore que, tout au long de l’année, il a passé son temps à pêcher. Il ne compte plus les vies qui se sont débattues dans ses filets. Il ne ressent que sa propre douleur, celle d’avoir perdu son fils, mais il ne pense jamais à la souffrance des êtres qu’il tue. J’ai soupiré devant l’ignorance des êtres humains. »
« Quant à ce poisson, dans sa vie antérieure, il était un être céleste vivant dans les cieux. Mais une fois ses mérites épuisés, il a dû subir les conséquences de son karma et s’est réincarné en animal aquatique. Le voilà maintenant capturé, attendant la mort. J’ai soupiré car, bien qu’il ait accumulé des mérites autrefois, il ne les a pas entretenus de manière continue. »
« Enfin, ce porc mort était, dans sa vie passée, un homme puissant et riche. Mais après avoir consommé tous ses mérites terrestres, il s’est montré arrogant et méprisant envers autrui. Aujourd’hui, il subit son karma en étant réincarné en porc, mourant dans la putréfaction et le dégoût de tous. Tout ceci est le fruit de la loi de causalité (le Karma). »
Le Bouddha conclut : « Les rencontres et les rétributions sont le fruit de nos propres actes. À travers d’innombrables vies, les êtres ne font que rembourser leurs dettes ou récolter les fruits de leurs mérites passés. »
« Si vous avez une dette envers quelqu’un dans une vie, vous devrez la payer dans la suivante. Toute intervention contre l’ordre naturel ne fera qu’alourdir la dette. C’est pourquoi, si quelqu’un vous traite mal, ne vous précipitez pas dans la colère ou la vengeance ; peut-être ne faites-vous que rembourser une dette ancienne. »
« La plupart des gens ne pensent qu’à jouir du moment présent, agissant selon leurs désirs sans craindre les conséquences futures. Certains hésitent même devant de

