Le dimanche 20 juin 1982, à la Cité des Dix Mille Bouddhas, alors que les disciples récitaient le nom du Bouddha Amitabha, un petit serpent vert est apparu devant l’entrée du Grand Hall. Effrayés, les fidèles n’osaient plus entrer. Un moine voulut le déplacer, mais le Vénérable Maître Hsuan Hua l’en empêcha en souriant : « Ce n’est pas nécessaire. Tous les êtres possèdent la nature de Bouddha. Ce serpent est venu se rapprocher des Trois Joyaux pour écouter le Dharma. Ne le chassiez pas. »
Étrangement, le serpent ne ressemblait pas aux autres. Malgré les centaines de personnes qui passaient à côté de lui, il restait calme et paisible. Sur l’invitation du Maître, le serpent entra dans le hall, rampa jusqu’au centre, fit le tour de la statue du Bouddha, puis s’allongea devant l’autel, comme s’il s’agenouillait pour écouter l’enseignement.
Le passé karmique du serpent
Le Maître expliqua alors l’origine de cet animal. Sous la dynastie Zhou, cet être était un haut ministre, mais son cœur était empli de méchanceté. Il tenta d’assassiner le roi avec un poignard empoisonné. Ayant échoué, il mourut avec une haine immense et fut réincarné en serpent, puis plus tard en un dragon venimeux.
Sous la dynastie Song, ce dragon provoquait des tempêtes et des inondations, causant la mort de nombreux pêcheurs et voyageurs. Un saint moine, doté d’une grande puissance spirituelle, parvint à le soumettre après trois jours de combat. Au lieu de l’anéantir, le moine lui enseigna que tout est souffrance và impermanence, et l’encouragea à cultiver la compassion. Le dragon s’éveilla, prit refuge dans les Trois Joyaux et devint l’un des protecteurs du Dharma (parmi les huit classes d’êtres surnaturels).
La leçon sur la cause et l’effet
Vingt ans auparavant, ce même serpent était déjà apparu dans un temple à Hong Kong pour écouter les sutras. Bien que les gens l’aient emmené loin dans une boîte, il disparaissait miraculeusement pour revenir. Aujourd’hui, alors que le Dharma se répand en Occident, il a voyagé jusqu’aux États-Unis pour protéger l’enseignement.
Le Maître conclut sur la loi du Karma : « Un seul faux pas peut faire perdre toute la partie d’échecs. Une seule pensée erronée peut gâcher de nombreuses vies. » Si nous ne semons pas de mauvaises causes, nous ne récolterons pas de mauvais fruits. Les Bodhisattvas craignent les causes (les actes), tandis que les êtres ordinaires ne craignent que les conséquences (la souffrance). Cette histoire est un rappel puissant que tout ce que nous faisons finit par nous revenir, et que chaque être, aussi petit soit-il, porte en lui le potentiel de l’éveil.

