← Retour aux 133 histoires
Histoire 67 / 133
Bouddha & disciples

Être près du Bouddha, être loin du Bouddha

GẦN PHẬT VÀ XA PHẬT

Un épisode de tradition bouddhiste mettant en scène le Bouddha, ses disciples ou l’enseignement du Dharma.

RécitDeux moines veulent rencontrer le Bouddha. L’un atteint sa destination ; l’autre meurt en chemin. Pourtant, le récit inverse entièrement la notion de proximité.

Deux jeunes moines partirent de Rajagriha pour rencontrer le Bouddha à Jetavana. Entre les deux régions s’étendait une vaste zone desséchée. La chaleur devint accablante et leurs réserves d’eau s’épuisèrent.

Ils trouvèrent enfin une petite mare. Mais l’eau était remplie de minuscules créatures. Boire signifiait en tuer un grand nombre.

Deux décisions devant la même soif

Le premier moine estima qu’il valait mieux transgresser le précepte que mourir avant d’avoir vu le Bouddha. Il but et poursuivit son voyage. Le second répondit que les préceptes avaient précisément pour racine la compassion : sauver sa propre vie en détruisant délibérément d’autres vies lui paraissait contredire la raison même de son pèlerinage.

Il refusa de boire et mourut de soif. Dans le cadre traditionnel du récit, il renaquit dans un monde céleste et put aussitôt rendre hommage au Bouddha.

Qui est réellement « près » du Bouddha ?

Après de grandes difficultés, le premier moine arriva enfin à Jetavana. Il expliqua avec tristesse la mort de son compagnon. Le Bouddha lui montra alors l’être céleste présent auprès de lui et lui fit comprendre que son ami avait déjà atteint le but spirituel de son voyage.

Le moine vivant se trouvait physiquement devant le Maître, mais son choix l’avait éloigné de l’esprit de l’enseignement. Celui qui était mort loin de Jetavana était, selon la parabole, devenu le plus proche par sa fidélité à la compassion.

Ce que cette histoire nous enseigne

Être proche d’une tradition, d’un maître ou d’un idéal ne se mesure pas seulement à la présence physique. On peut visiter un lieu sacré tout en oubliant ce qu’il représente.

Le récit est volontairement radical. Son point central est que la cohérence d’une pratique se révèle surtout lorsque le respect de nos valeurs devient coûteux.